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Talismans Taoïstes (3ème partie)

Talismans Taoïstes (3ème partie)

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Talismans Taoïstes (3ème partie)

Par Fabrice Jordan

May 01, 2018


Talismans Taoïstes (3ème partie)

Fu 符 : Anatomie de l’âme dans le taoïsme

Après avoir traité, dans l’article précédent, de la notion de « fantôme », venons-en maintenant à la notion d’âme.

Une suite logique quand on sait que l’âme, en chinois, s’écrit avec le radical du fantôme (le radical, ou clé, est un élément de l’idéogramme servant à définir son champ sémantique).

Cet article traitera de « l’anatomie » de l’âme, mais nous devrons consacrer un autre chapitre à la « physiologie » et à la « physiopathologie » de l’âme, sinon cet article sera trop long. Par ailleurs, les Fu seront également traités dans le prochain chapitre, car ils s’insèrent dans une cultivation et une pratique qui prend son sens quand on a compris la physiologie et la physiopathologie du système.

Les âmes les plus fréquemment rencontrées dans les textes sont appelées les 3 Hun 魂et les 7 Po 魄, dont vous trouvez une illustration dans les photos jointes à l’article. Leur idéogramme montre un « fantôme » assorti d’un deuxième élément que nous examinerons dans un moment.

Elles sont souvent représentées sous une forme humanisée et forment un ensemble de 10 « personnages » dont chacun a un nom. Si les 3 Hun portent des noms plutôt sympas comme Essence secrète, Lumière du fœtus, Esprit brillant, les 7 Po ont moins de chance : Poumons puant, Poison volant, Bouffeur de saleté, Chien mort, etc…

Penchons-nous d’abord sur ce que nous trouvons le plus souvent dans les textes à propos de ces âmes. En occident, celles-ci sont le plus connues via les textes médicaux, qui apportent un éclairage. Mais nous aurions tort d’en faire le seul possible. Souvenons-nous qu’un modèle, en Chine, n’est utilisé que dans une indication précise et a rarement, voire jamais, de valeur universelle. C’est l’usage qui appelle le modèle. Un besoin différent appellera un autre modèle, sans nécessité de concordance entre eux. Le propre d’une pensée complexe.

Dans ces textes, les Hun sont associées à l’élément du Bois et sont réputées Yang, actives, volatiles. Elles « vont et viennent avec le Shen (Esprit) » (mouvement horizontal qui met en relation) et sont actives la nuit, durant le sommeil. Par résonance, elles sont donc liées à toutes les analogies liées au Bois : créativité, impulsivité, frustration (si la créativité ne peut s’exprimer), rêves, initiation des mouvements, sens de la direction de sa vie, etc. En pathologie, on reconnaît un problème de Hun à l’incapacité de créer, au manque d’idéations si le Hun est faible, mais aussi à une hyperactivité désordonnée, un sommeil agité, si le Hun est hyperactif et mal régulé. A la mort, elles sont réputées retourner au Ciel ou au Shen.

Les Po, en revanche, sont liées à l’élément du Métal, « entrent et sortent avec le Jing (Essence)» (mouvement vertical) et souvent associées à la couleur blanche des os ou des premières neiges d’automne. Dans ce sens, elles ont une cinétique centripète, de ramassage, de mise en réserve et sont donc particulièrement actives lors de la grossesse, au moment où le corps « prend forme ». En pathologie, un Po trop faible empêche de matérialiser les choses que l’on entreprend par exemple. Si le Po est au contraire trop fort, il peut y avoir de l’avidité à thésauriser ou des pulsions de mort, des états dépressifs profonds, tous liés à l’élément du métal.

Comme on le voit, la tradition médicale décrit depuis environ 2000 ans quelque chose qui ressemble fort au fameux couple Eros /Thanatos, avec dans le rôle du bon (Eros) les Hun et dans celui de la brute et du truand (Thanatos) les Po (et les chinois se sont vengés en leur donnant des noms d’oiseaux). Par ailleurs, toujours dans ce modèle-ci, on constate que les Po sont plus nombreuses que les Hun et donc que Thanatos a un poids plus grand qu’Eros, entraînant inexorablement la mort du corps physique à terme. Ici, le fameux principe de réalité de la psychanalyse est déjà nommé, principe qui se suffit à lui-même.

Notons que ce modèle est intéressant à plus d’un titre, car il est pertinent dans un certain nombre d’entités cliniques fréquemment rencontrées. Par ailleurs, ce modèle pointe sur un fait important : l’humain est fondamentalement constitué d’une âme, d’un noyau, à plusieurs personnages, chacun ayant ses tendances et son propre agenda. Une personne qui ne se cultive pas est donc fondamentalement un être divisé, bien souvent jouet de ses pulsions et de ses tendances latentes profondes. Swami Prajnanpad, un maître que j’apprécie beaucoup, le traite d’ailleurs de « foule amorphe », avec sa concision habituelle. « Amorphe » se réfère ici, selon moi, au fait qu’une structure de personnalité non cohérente a de la peine à se diriger dans une direction claire, en raison des envies et besoins contradictoires de ses différentes sous-personnalités.

Certaines, comme on vient de le voir, sont auto-destructrices. Il n’est donc pas facile de naviguer dans la vie, entraîné par ces forces motrices et paradoxalement stagnantes dont on est finalement le jouet. Superficiellement, bien-sûr, le mental et son mécanisme de défense rationalisant a tendance à justifier les (mauvais) choix comme s’ils étaient le fruit d’une réflexion éclairée et d’un libre-arbitre, cette fameuse pseudo-liberté à laquelle on tient tant depuis l’avènement des Lumières. A ceci, les anciens répondent : « mon œil ».

Néanmoins, si ce modèle est utile à décrire certaines pathologies et conditions humaines, il est déjà plus limité en ce qui concerne le traitement. En effet, même si les théories de l’acupuncture décrivent un certain nombre de points dits « fantômes », ceux-ci ne sont pas, et de loin, toujours aussi efficaces que ce que leur nom laisse présager. Le modèle est donc intéressant en terme descriptif ou nosologique, mais moins bon en ce qui concerne les conséquences thérapeutiques voire spirituelles que l’on pourrait attendre après avoir réalisé un diagnostic.

Heureusement, ce modèle n’est pas le seul possible en ce qui concerne l’âme humaine. Laissez-moi vous en présenter un autre, issu du taoïsme et beaucoup moins connu que le précédent.

Pour le comprendre, revenons aux idéogrammes. Ensuite, nous reformerons un tout fonctionnel avec l’ensemble des parties.

Les 3 Hun 魂, tout d’abord. Comme on le voit, on retrouve à droite le caractère de Gui, fantôme. Celui-ci est modulé ou spécifié en plaçant sur sa partie gauche le caractère Yun 云, signifiant nuage. Quelle est la fonction d’un nuage ? Un nuage réunit, rassemble des éléments épars (molécules d’eau) pour en faire une ressource (pluie) qui va générer une nouvelle forme dans un autre système. C’est-à-dire un fantôme, si nous considérons la définition donnée dans le deuxième article. Dans ce cas, la plante qui poussera sous l’effet de la pluie est le « fantôme » de la pluie.

Mais poursuivons : le caractère nuage, Yun, est lui-même composé de deux éléments : le Er 二, qui signifie deux, et le Si 厶, qui signifie « secret, privé, personnel, intime ». On peut donc comprendre que Yun, ici, décrit quelque chose comme « le secret entre les deux » ou « le plus intime entre les deux ». 
Maintenant, dézoomons un peu et revenons à la notion de fantôme en nous demandant à quoi elle peut correspondre dans notre physiologie énergétique. Rappelons-nous que le taoïsme observe la nature et une de ses lois fondamentales est l’alternance entre opposés et la loi des cycles. Par exemple, au printemps, nous voyons clairement les végétaux pousser, ils sont visibles et matériels. Nous pouvons observer le cycle, l’arrivée de la croissance à l’apogée et l’involution qui suit, puis la disparition, durant l’hiver, de la plante en question. A-t-elle totalement disparu ? Non, elle se régénère dans un plan sous-terrain et invisible à l’œil. Puis elle réapparaît au nouveau printemps, revigorée.

C’est la même idée en ce qui concerne notre corps. Mais souvenons-nous que les cycles sont co-existants et multiples. Un grand cycle est le cycle qui nous conduit à naître, vivre et mourir (et à renaître si on se fie à la loi des cycles). Mais nous vivons aussi des sous-cycles plus courts et concomitants, dont un des plus importants est le cycle journalier, caractérisé par un temps d’éveil puis de sommeil. Celui-ci nous concerne au premier plan car c’est avec lui que nous dialoguons tout au long de notre vie et il a une importance vitale en raison de la régénération qui a lieu durant le sommeil et les moments de créativité et d’activité durant les phases d’éveil qui produisent la joie de vivre.

Dans ce cycle, nous pouvons considérer que la veille est une extrémité et le sommeil profond une autre extrémité de l’alternance. Ils représentent chacun un trait du deux chinois : 二.

Le taoïsme nous dit aussi que durant notre sommeil, nous nous mettons en contact avec notre Yuan Shen 元神, notre « esprit originel » qui est le pourvoyeur des ressources servant de base à notre régénération quotidienne. Ainsi donc, nous avons un cycle alternant entre d’une part l’état de veille et le corps physique agissant et éprouvant et d’autre part un sommeil profond ou le corps est littéralement paralysé, neutralisé et la conscience apparemment éteinte, en tout cas pour celui qui en est porteur. Nous savons maintenant que ce sommeil est en fait un temps de fusion avec le Yuan Shen, une activité aussi riche que celle de l’état de veille, mais qui se passe sur un plan, une dimension invisible à partir de celle dans laquelle nous vivons, tout comme la régénération de la plante dans les profondeurs de la terre est invisible à nos yeux, car nous ne vivons pas sous la terre.

Revenons maintenant au Hun et à sa signification : le « secret entre les deux ». Je pense qu’il n’y a pas besoin de plus d’explications pour comprendre que le Hun est le pont entre ces deux extrêmes, situé lui-même dans une dimension intermédiaire entre le Yuan Shen et le plan physique. De manière intéressante, on retrouve l’architecture du sommeil, avec ses trois phases : éveil, sommeil paradoxal, sommeil profond, le deuxième terme faisant le pont entre les deux autres. Notons encore que le Yuan Shen est considéré appartenir au Ciel antérieur, donc au plan avant la manifestation, avant la création. Nous reviendrons sur ces notions dans un autre article.

Pour synthétiser et rester dans notre modèle à 9 dimensions : notre vie se passe en D4 (incluant D1-2-3), le plan du Ciel antérieur en D9 et donc le Hun se situe et se ballade entre les deux c’est-à-dire entre D5 et D8. Résumons : Humain D1-4, Hun D5-8, Yuan Shen D9.

Poursuivons avec le Hun maintenant. Il y a 3 Hun et pas un seul. Quand il y a trois termes, toujours en respectant la loi des opposés, on trouve un terme positif, un terme négatif, et un terme servant de vide médian que l’on peut qualifier de neutre. Le terme neutre est appelé Tian Hun 天魂, c’est celui qui est le plus proche du plan D9. Ce Tian Hun donne ensuite naissance au Yin Hun et Yang Hun. Les trois termes combinés forment donc une âme « complète ». Posés comme ceci, on comprend rapidement que même s’il y a 3 entités, l’âme se comporte en fait comme une unité fonctionnelle, de la même manière que ce qui est important pour la vie dans le H2O est l’EAU, en tant qu’entité fonctionnelle, et non pas les atomes d’hydrogène ou d’oxygène pris isolément.

Venons-en maintenant à l’autre aspect de l’âme : les 7 Po 魄. Ici aussi, revenons d’abord à l’idéogramme : on retrouve fantôme, gui, à droite. Il est spécifié dans sa partie gauche avec l’idéogramme Bai 白, qui signifie blanc, lumineux. Comme nous l’avons vu, les textes les plus utilisés insistent sur l’aspect de la couleur blanche, évoquant les os, la neige signifiant le repli hivernal, etc…Etonnamment, que des choses liées à Thanatos. Personnellement, je pense que ce sont plutôt les occidentaux qui ont trop appuyé sur cette définition. Parce que quand même…Comment se fait-il qu’en parlant d’une entité correspondant à l’âme humaine, et en voyant l’idéogramme de Bai, qui signifie lumière, on ne pense pas en premier lieu à cet aspect ? C’est étonnant quand même.

Dans les enseignements oraux que j’ai reçus, on décrit les choses ainsi : une fois l’âme Hun constituée en tant qu’entité fonctionnelle, celle-ci s’habille progressivement de lumière, en 7 couches distinctes. Lorsque la dernière couche est constituée, alors l’âme est prête à s’incarner et donc à changer de dimension pour venir animer un être vivant dans la dimension D4. On parle ainsi d’un accouchement de l’âme, d’un processus. Symboliquement, sur un plan numérologique, on passe d’ailleurs de la dimension 1, qui est la semence de l’âme avant la manifestation, à 10 (les 3 Hun et 7 Po), qui indique la répétition d’un même événement (une naissance, le 1), mais sur un plan différent (signifié par le zéro).

De manière intéressante, cela permet aussi de réinterpréter le sens de Yun, nuage, dans l’idéogramme de Hun. Il y a en effet un paradoxe à inscrire « nuage » dans des entités réputées positives et Yang, alors qu’un nuage est un élément obscurcissant, qui cache la lumière, et à mettre une source de lumière, Bai, dans les 7 entités réputées « négatives » et qu’on pourrait qualifier d’ombre.

Mais si nous imaginons une âme avec un noyau correspondant aux 3 Hun, entourée des 7 couches de lumière des Po, alors on comprend tout de suite que le Yun, nuage, réfère en fait au nuage de lumière constituée par les différentes couleurs de ces couches. Hun est donc « caché » derrière le voile du nuage des Po. Et les Po sont en surface, exposant leur lumière (même si étant situées dans un autre plan, elles sont invisibles à l’œil) ce qui est parfaitement cohérent avec l’idéogramme également.

Alors je ne sais pas vous, mais pour moi, l’image d’une âme constituée en unité (en UNITE !) fonctionnelle et constituée en grande partie de lumière est infiniment plus nourrissante et inspirante qu’une description en 10 entités distinctes dont 7 portent des noms de type « poumons puants » …

Attention, je ne dis pas qu’il faut choisir un modèle pour un autre, mais je pense qu’on doit distinguer clairement les modèles et les utiliser à bon escient, en conscience, et à des moments distincts, en fonction de la pratique que nous souhaitons développer (thérapeutique, spirituelle, etc…) en un temps donné.

Au fond, le premier modèle exposé correspond plus ou moins à la condition de base de quelqu’un qui entre sur un chemin de transformation : une entité fondamentalement divisée. Le deuxième modèle évoqué nous parle plutôt de la condition vers laquelle nous pouvons tendre, avec une cultivation correctement construite et approfondie : retrouver un état et une physiologie de l’âme dans lesquels nous retrouvons cohérence, congruence, créativité et radiance. Une condition dans laquelle nos actes sont enfin réellement libres.

Les talismans peuvent jouer un rôle important dans ce passage de la première condition à la seconde. Nous en parlerons dans le prochain article de la série.

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