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Ordonner aux Immortels

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Ordonner aux Immortels

Par Fabrice Jordan

November 22, 2018


Ordonner aux Immortels

Oui, le titre semble mégalo. Mais laissez-moi vous raconter d’où il sort…

Quand j’ai rencontré mon maître taoïste, j’avais déjà près de 20 ans de pratique d’arts internes derrière moi. Pourtant, dès les premiers moments passés avec lui, il a prononcé un mot que je n’avais jamais entendu avant : Immortel. En fait, j’allais l’entendre extrêmement souvent par la suite, étant donné que ce mot fait partie de la réalité de tous les jours dans le taoïsme traditionnel. En effet, le monde subtil, invisible, a fait l’objet de la plus grande attention des taoïstes, habitués qu’ils étaient à observer la nature. Ils ont vite compris que même lorsque les choses ne sont pas apparentes à l’œil nu, elles peuvent quand même exister. Et de manière pragmatique, si elles existent, alors autant essayer d’en avoir une connaissance aussi grande que possible.

Tous les jardiniers le savent : en hiver, la végétation se cache, ralentit, se ressource, disparaît, pour mieux resurgir au printemps suivant. Le fait qu’elle échappe à notre regard ne change rien à sa réalité. Et d’ailleurs, si nous fermons les yeux, nous SENTONS que cette réalité invisible est présente et susceptible de se manifester.

La notion d’« immortels » vient de là. Quelque chose qui ne perd pas son existence, même quand cette « chose » est inaccessible à une certaine modalité de notre regard.

En bon occidental, j’ai eu tôt fait de passer d’abord par à peu près toutes les catégorisations rapides en ma possession, pour retrouver ma zone de confort : superstition, pensée magique, puis, tiens, ça ressemble à nos saints ! Ou nos anges ? J’ai posé beaucoup de questions, jusqu’à ce que finalement, poussé par la simplicité avec laquelle il utilisait ce mot de manière si régulière et évidente, je lâche toute idée de catégorisation pour me concentrer sur mon ressenti direct. Ceci a ouvert un monde inconnu, mais d’une richesse insoupçonnée que j’explore encore aujourd’hui et dont je ne pourrais plus me passer. Néanmoins, ce petit texte vise à parler de l’expression en titre.

Mon maître parlait très souvent d’immortels, donc, et il me semblait avoir plus ou moins compris le concept, que j’associais à un ressenti, à des intuitions, dans un mouvement qui venait toujours dans ma direction, faisant de moi une sorte de récepteur. Pourtant, un jour, il me dit : « au fait, n’oublie pas qu’il y a différents immortels. Et à certains d’entre eux, c’est toi qui donne les ordres, il doivent t’obéir ».

Choc. Je ne comprenais pas et cela renversait toute la notion que j’avais d’un éventuel plan subtil plus…subtil que nous, justement. C’est-à-dire, plus sage, plus connaissant, plus juste. Il m’a fallu longtemps pour comprendre ce qu’il voulait dire, puis pour faire les liens avec d’autres aspects de la pratique taoïste.

Je ne peux pas entrer dans les détails ici, mais j’aimerais quand même attirer l’attention sur cette phrase, dans le cas où elle serait neuve pour vous, car elle fait partie des pépites de la pratique.

Néanmoins, permettez moi de la reformuler pour qu’elle soit peut-être plus acceptable. Prenons le premier terme : immortel. A quoi pensons-nous quand nous nous référons à quelque chose qui ne peut mourir ou disparaître ? En physique, deux choses ne peuvent pas disparaître : c’est l’énergie et l’information. L’énergie peut se transformer, et l’information sortir d’un système (où elle semble disparaître) pour entrer dans un autre, ou se disperser. Mais dans les deux cas, il s’agit bien d’une forme d’immortalité. Energie et information sont des « immortels ».

Prenons le deuxième terme maintenant : ordonner. Et revenons à son sens premier : mettre de l’ordre. Gardant ceci à l’esprit, nous pouvons reformuler « Ordonner aux Immortels » comme ceci : « mettre de l’ordre dans l’information ».

Quel impact cela a-t-il sur notre pratique ? Il est majeur ! 
Alors que l’on présente le plus souvent le taoïsme sous son versant Yin : lenteur, acceptation, observation, non agir, conscience, méditation, fluidité, etc, cette phrase nous plonge brusquement dans son versant Yang. D’habitude, même les notions de type Yuan Shen (Esprit originel ou nature intime) sont présentées comme étant pures, parfaites et nous devrions simplement nous aligner à cette pureté, un peu comme une éponge absorbe une eau pure, ou une corde de piano se syntonise sur une autre par résonance.

Pourtant, réfléchissons deux minutes. Admettons avec audace que cette vie ne soit pas la seule que nous ayons vécue, et que ce ne soit pas la dernière. En général, si on accepte ce postulat, on accepte aussi l’idée que pour la plupart d’entre nous, la conscience qui transmigre revient pour un nouveau tour afin de poursuivre son évolution.

Oui, mais dans ce cas, cela signifie que cet « esprit originel » n’arrive pas neutre dans cette vie. Au contraire, il est marqué par un certain nombre d’événements vécus précédemment, d’expériences non terminées, et a mémorisé un certain nombre d’informations, de chocs, etc….L’esprit originel n’est donc pas vierge du tout, ni aussi pur qu’une certaine littérature spirituelle voudrait nous le faire croire. Et si l’on admet que cet « esprit originel » situé sur un autre plan de la réalité a le pouvoir de nous transmettre (beamer, pour être moderne) une partie de son information, influençant ainsi nos attitudes et comportements dans notre vie quotidienne, nous nous rendons compte qu’il n’est peut-être pas aussi parfait et lumineux que nous le souhaiterions.

Dans ce cas, en tant que pratiquants, il ne s’agit pas pour nous de simplement nous ouvrir à cet « esprit originel », mais il s’agit surtout, une fois la première étape Yin de prise de conscience, de réceptivité et d’acceptation aboutie, d’engendrer volontairement l’étape Yang de réparation, de mise en ordre d’une information qui avait été « déformée » par des expériences antérieures traumatisantes ou simplement non abouties. Dans certains cas, donc, nous devons « ordonner » notre esprit originel ! Et ceci implique une condition obligatoire : pour changer le pattern implémenté dans notre « Yuan Shen », il faut de l’énergie. Parfois, beaucoup d’énergie.

Pourquoi ? Pensez à quel moment notre Yuan Shen est susceptible d’être « marqué » par un événement. La plupart du temps, il doit s’agir d’un événement marquant, justement, et donc chargé d’émotions majeures. En médecine chinoise, ce type d’émotions est associé au Feu. Cela image la chaleur, et donc l’énergie, nécessaire à « forger » différemment notre Yuan Shen. Or avec le temps, et la pacification de l’émotion, ce couloir énergétique se ferme, laissant sa cicatrice dans le Yuan Shen, qui dès lors est inaccessible. Seule une énergie similaire ou supérieure à celle ayant provoqué l’impact peut changer le motif imprimé. Il faut en plus que cette énergie soit « ordonnée », c’est-à-dire porteuse d’une information cohérente et délibérée. C’est-à-dire choisie en conscience sur la base d’un objectif précis.

L’ensemble de ce processus est un processus Yang, durant lequel le pratiquant doit se remettre en contact avec sa puissance originelle, qui est une puissance créatrice, capable de faire apparaître du neuf, de l’inédit. Sans cela, nous sommes atteints de stérilité spirituelle.

Retenons donc qu’une pratique bien construite DOIT comporter les deux temps Yin et Yang. En ce qui concerne le taoïsme, les pratiques Yin sont bien connues. Mais l’occident devra faire un effort pour surmonter certains jugements hâtifs en ce qui concerne ses aspects Yang : rituels, Xuan Xue (magie taoïste), techniques de type chamanique, étapes spécifiques et ésotériques du Nei Dan constituent son aspect Yang.

Cette deuxième partie du travail qui permet au cycle de pratique d’être complet et donc de garantir sa libre circulation et son aspect opératif, n’est pas une option. Nous pourrons sans doute en parler ou en inventer des expressions plus modernes, mais dans son essence, elle est indispensable pour préserver l’aspect transformateur profond de la pratique.

Réapprenons à ordonner aux immortels.

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