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Le bébé à l’épée

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Le bébé à l’épée

Par Fabrice Jordan

May 15, 2019


Le bébé à l’épée

Insight sur les enseignements de Maître Zhang 13 mai 2019

Dans la plupart des écoles taoïstes, on trouve des enseignements ésotériques. Ceux-ci font partie de ce que j’appelle les instruments Yang du taoïsme, c’est-à-dire les instruments qui produisent une forme d’énergie puissante (mais qui peut être subtile) et à dominante active. Elle sert en général à modifier un schéma de fonctionnement (pattern) qui ne satisfait pas ou plus le pratiquant. Il peut s’agir de l’action sur une maladie, un trait de caractère, un traumatisme, une carrière ou plus généralement d’un destin spécifique.

Les instruments Yin représentent la majorité des pratiques taoïstes qui sont connues en Occident : méditation, « jeûne du cœur », érosion des désirs, introspection, wu-wei (agir naturel, par soi-même), ainsi que de très nombreuses formes de Qi Gong et de Tai Ji Quan axées principalement sur la prévention et la santé.

Malheureusement, les instruments Yang, principalement constitués de pratiques que nous pourrions qualifier de chamaniques, ont été rejetés par l’Occident sous prétexte qu’ils entraient dans la catégorie des superstitions. L’Occident rationnel a tout simplement rejeté quelque chose taxé d’irrationnel. Ce faisant, il s’est malheureusement privé de la moitié de l’efficacité d’un système spirituel millénaire. Ce constat est tout aussi vrai pour le bouddhisme d’ailleurs.

Ce constat d'irrationalité ne peut pas vraiment être contesté. Ce qui peut l’être, en revanche, c’est de confondre une pensée pré-rationnelle avec une pensée post-rationnelle, parce que toutes deux sont irrationnelles.

Quelle différence ? Elle est très importante. Une pensée pré-rationnelle, c’est-à-dire fonctionnant avant l’émergence de la rationalité issue des Lumières, est grossièrement dit une pensée magique.

Par exemple, dans une pensée magique, on attribuera le mouvement d’un nuage ou l’arrivée de la pluie au mécontentement d’un dieu quelconque. Alors que dans une pensée rationnelle, le même phénomène sera décrit en attribuant le mouvement à un ensemble de causes rationnelles (ceci alors même que les théories du chaos prouvent qu’il est impossible de déterminer l’ensemble des causes rationnelles produisant le mouvement, renvoyant par là même à un certain mystère, ce qui est cocasse).

Qu’en est-il alors d’une pensée post-rationnelle, c’est-à-dire acceptant de sortir du cadre de la physique classique ? Une pensée post-rationnelle dépasse la pensée magique et la pensée rationnelle à la fois, en acceptant comme possible (à contre-cœur parfois) que le flou, le « hasard », ou d’autres causes que celles qui s’imposent à notre bon sens ou au bon sens de la physique classique puisse influer sur le réel. La pensée post-rationnelle ouvre vers le mystère, au fond, car elle a moins besoin d’être rassurée et donc enfermée par une causalité identifiable et donc nommable.

Vous l’aurez compris, dans le cadre de la physique moderne, ce sont les théories issues de la physique quantique qui ont le plus bouleversé les idées sur le fond du fond du réel. A l’heure où j’écris ces lignes, les scientifiques en sont à parler de « rétro-causalité », c’est-à-dire qu’une cause issue du futur pourrait influencer le passé. Autrement dit, s’il nous est possible d’accéder au plan de la réalité où le futur se crée, alors une action susceptible de modifier l’ordre de ce plan peut avoir un résultat tangible sur notre présent.

Pour ma part, je suis tout à fait persuadé que les grandes spiritualités ont toujours eu l’intuition de ces deux pans coexistant du réel que sont les mondes de la physique classique (tout ce qui nous semble évident, visible et sur lequel notre « bon sens » s’appuie) et des lois défiant la raison qui ont cours au niveau quantique.

Je ne connais pas très bien les autres spiritualités, mais dans le taoïsme, cette intuition des deux plans apparemment distincts mais coexistant de la réalité a été rendue par les notions de « Ciel Antérieur » et « Ciel Postérieur ». Le Ciel antérieur représentant le plan avant la manifestation, la potentialité, le vide (non vide) et le chaos, autrement dit la dimension quantique, alors que le Ciel Postérieur représente le monde de la physique classique avec ses 10000 êtres et manifestations et soumis au jeu de la dualité. Je précise, néanmoins, qu’il s’agit ici d’une analogie, qu’il me semble tout à fait légitime de faire, mais sans penser qu’il s’agit d’une superposition exacte bien entendu, sous peine de faire dire des choses à l’un ou l’autre pan qu’il ne dit pas. Avec cette clarification en tête, allons plus avant.

Pensons maintenant aux événements miraculeux qui peuvent parfois arriver et que la science est incapable d’expliquer. Cela peut aller de guérisons spectaculaires et totalement inattendues à des matérialisations ou manifestations physiques incompréhensibles. Cela peut se manifester par des changements psychologiques, des rencontres par hasard » de personnes significatives, des synchronicités, des phénomènes paranormaux, etc.

Qu’ont-ils en commun ? Il s’agit d’un changement ayant lieu sur le plan de notre réalité sensible (le Ciel Postérieur des taoïstes) mais dont la cause ne semble pas pouvoir être imputée à une cause issue du même plan. Les taoïstes diraient simplement que la cause se situe dans le Ciel Antérieur, c’est-à-dire dans le plan quantique.

Autrement dit, pour que certains changements non pas quantitatifs mais qualitatifs surviennent dans le plan du Ciel Postérieur, il faut pouvoir agir d’une manière ou d’une autre sur le Ciel Antérieur. C’est ce qu’ont compris les taoïstes depuis probablement deux mille ans au moins (et je répète que tous les systèmes spirituels authentiques ont compris la même chose).

Maintenant, pour prendre une analogie moderne : comment faisons-nous en physique moderne pour contacter le plan quantique et pouvoir y faire des expériences ? Pensons au LHC par exemple. Eh bien, nous devons fournir une énergie considérable. Le nouveau LHC est prévu pour fournir une énergie de 13 TeV, soit l’énergie nécessaire pour alimenter 3 millions de foyers durant un an.

Pour pouvoir contacter le Ciel Antérieur, il faut donc pouvoir fournir une énergie importante et appelée Yang, dans le taoïsme. C’est pourquoi toute la démarche taoïste consiste à amener le pratiquant à devenir de plus en plus Yang jusqu’au stade idéal où il n’y a plus de Yin et on dit alors que le pratiquant devient « Immortel », c’est-à-dire qu’il sort du jeu de la temporalité et rejoint le plan où le temps n’existe pas et n’a jamais existé.

Ce parallèle permet je l’espère de comprendre pourquoi les outils taoïstes Yang sont indispensables à tout pratiquant de cette voie. A mon sens, ils le sont aussi dans toutes les autres voies, bien que chacune ait développé ses propres outils. Il appartient donc à chaque voie de s’interroger et éventuellement de se réapproprier ce type d’instruments d’une manière ou d’une autre.

J’en viens maintenant à l’enseignement de Maître Zhang cité en titre. Alors qu’on lui posait la question de l’utilité de ces instruments Yang, c’est-à-dire des Talismans (Fu), mudras, marches à géométrie sacrée, émissions de sons spécifiques (Zhou, mantras) il a répondu d’une manière imagée.

« Pense à un enfant de 2 ans qui s’approcherait de toi avec une épée tranchante. Aurais-tu peur de lui ? Probablement pas, n’est-ce pas ? Tu aurais peut-être peur pour lui, plutôt. Tu craindrais qu’il ne se fasse mal. Et si tu vois maintenant approcher un géant avec un micro-couteau suisse, aurais-tu peur ? Probablement, n’est-ce pas ?

La grandeur de l’enfant ou de l’adulte représente les fondations de ta pratique. Si tes fondations sont extrêmement solides, ton énergie sera forte et pure, tu pourras t'approcher du Ciel Antérieur et ton efficacité, quoi que tu fasses, sera grande. Si tes fondations sont mauvaises, ton énergie sera 
grossière, dispersée, impure et faible, tu auras beau te balader avec de gros instruments, tu n’impressionneras personne, y compris et surtout dans le monde subtil.

Le mieux est donc de vous concentrer sur les fondations de votre pratique, sans cesse. Lorsque ces fondations seront inébranlables, alors seulement les instruments dont vous parlez prendront tout leur sens et permettront de faire des choses qu’il est impossible de faire à mains nues.

En même temps, tu comprendras pourquoi ces instruments ne peuvent s’enseigner que sur la base d’une très grande confiance et donc seulement à des personnes que tu connais très bien et dont tu as pu sonder le cœur.

S’ils peuvent faire beaucoup de bien, ils peuvent aussi faire beaucoup de mal, seule l’intention qui utilise l’instrument décide du versant de son utilisation. N’enseigne jamais ces choses à des gens que tu ne connais pas assez ou qui n’ont pas fait l’effort nécessaire pour les mériter. Non pas parce qu’ils ont accumulé de l’argent et sont prêts à t’en donner beaucoup, mais parce qu’ils se sont purifiés et que leur cœur est juste, fort et transparent. Pas parfaits, bien sûr, mais suffisamment en tout cas pour utiliser ces instruments à bon escient.»

13 mai 2019, Yunnan, Chine

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