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Les Talismans Taoïstes (6ème et dernière partie)

Les Talismans Taoïstes (6ème et dernière partie)

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Les Talismans Taoïstes (6ème et dernière partie)

Par Fabrice Jordan

September 21, 2018


Les Talismans Taoïstes (6ème et dernière partie)

FU 符: Domaines d'action et procédés d'utilisation

Les articles précédents ont été consacrés à décrire ce qu’est un Fu, à expliquer leur anatomie et les théories sous-tendant leur utilisation. Si certains termes de cet article vous surprennent, n’hésitez pas à reprendre la lecture des différents chapitres précédents.

Résumons quand même : un Fu (talisman) est une « technologie », étonnante dans un monde rationnel, ayant été conçue et améliorée sur des milliers d’années pour modifier une information, un motif, un pattern, dans d’autres dimensions du réel que celui auquel nous sommes habituellement confrontés. La même technologie peut également amener de l’énergie dans ces autres dimensions. 

Mais avant d’aller plus avant, revenons à quelques fondamentaux spirituels pour mieux comprendre où les Fu vont pouvoir être actifs.

Si nous définissons la spiritualité comme l’art de se rapprocher du Réel, alors ce voyage implique certaines conditions nécessitant plusieurs processus simultanés. Je les définis en tant que trois piliers.

Le premier pilier consiste à élargir le champ de la conscience pour être capable de percevoir, à long terme, la totalité de ce que nous sommes au niveau local et non local. En termes plus techniques, il s’agit d’être capable de se remettre en contact avec son Yuan Shen (Esprit originel, nature intime, etc.) puis de sentir que celui-ci n’a jamais été séparé de sa Matrice et qu’il en est simplement une émanation spécifique. Il s’agit d’une ouverture à un réel plus large que celui habituellement ressenti, pouvant aboutir dans certaines circonstances, pas toujours volontaires, à un sentiment de se fondre avec le Tout et où le sens du « moi » disparaît, au moins momentanément.

Pour prendre une analogie (limitée, bien sûr) on pourrait dire qu’il s’agit d’élargir la lunette au travers de laquelle nous décryptons la réalité (et donc la reconstruisons). Comme si nous passions d’une paire de lunettes à un méga télescope doublé d’un super microscope.

Néanmoins, pour être capable de réaliser ce projet, un deuxième pilier est nécessaire de manière concomitante: nous avons besoin d’énergie. Nous l’oublions souvent, mais la construction du télescope et du microscope demande de la matière et de l’énergie. On pourrait dire, pour rester dans l’analogie, que la « matière » peut se composer de choses subtiles aussi, dans la mesure où ce que nous appelons matière est plutôt en réalité une vibration dans le fond du réel.

Disons en tout cas qu’il nous faut du « matériau » ET de l’énergie. Le matériau peut être un enseignement, une expérience, mais sans l’énergie pour le transformer, le « matériau » reste inerte et ne peut être assimilé. N’oublions pas que traditionnellement, dans tout processus alchimique, c’est le Feu qui purifie et transforme. L’énergie n’est donc pas un luxe, c’est une obligation. Evidemment, tout le monde en a un peu à disposition, sinon nous serions déjà morts. Mais entre « un peu » et « largement assez », il y a un monde de différence.

Quand il y en a un peu, celle-ci est en général utilisée pour répondre à nos besoins courants : travailler, boire, manger, éduquer ses enfants, etc…Il ne reste plus grand-chose, ensuite, pour la transformation. Quand on en a largement assez, cependant, le surplus peut être mis à disposition de la construction du télescope ou du microscope. Dès lors, prendre conscience de son énergie, puis la travailler ou la développer est une étape importante du processus global. Cet aspect est un domaine que le taoïsme a particulièrement bien étudié.

Mais attention, ces deux premiers piliers sont insuffisants. Nous avons en effet un problème de taille : en raison de notre karma ou de nos histoires de vies respectives, nos lunettes de base ne sont pas optiquement neutres. Elles souffrent toutes d’une déformation ici ou là. J’insiste sur ce point car il est d’une part extrêmement important et d’autre part très difficile à voir par soi-même. Qui voit par soi-même la propre couleur de ses yeux ? Sans un miroir c’est impossible.

C’est sur ce point très précisément que se trompent les théories new-age qui consistent à dire que « la vie suffit à nous enseigner », qu’il « faut juste suivre son cœur », que « tout est déjà là » et qu’on peut se passer d’enseignant (c’est-à-dire de l’altérité et du regard externe) ou d’aide extérieure. Il faut peut-être le répéter ici : suivre son cœur, dans la grande majorité des cas, c’est surtout suivre ses névroses et schémas de répétition. Seul un travail conséquent, très difficile à accepter pour l’égo, permet de « polir son cœur » pour le rendre à nouveau transparent, clair comme de l’eau de roche, et non déformant. Ce travail est le troisième pilier.

En d’autres termes, il ne suffit pas de développer sa conscience, son télescope et son microscope. Si ce troisième pilier n’est pas travaillé conjointement, c’est en réalité une catastrophe. Le télescope sera déformé et alors que nos lunettes nous apportaient une petite réalité tranquillement déformée, le télescope nous apporte lui une grosse réalité déformée, qui peut parfois dépasser la capacité de traitement normal de l’information d’un être humain et le rendre franchement déconnant, alors qu’il avait été juste normalement anormal jusque-là.

Peut-être faut-il ajouter ici un quatrième pilier à l’avancée spirituelle : un ingrédient essentiel qui s’appelle l’humour. Oui, car figurez vous que pour chacun des trois premiers piliers cités, à chaque fois qu’on croit qu’on y est arrivé, on découvre que non, et on est bons pour recommencer à creuser dans une couche plus profonde, mais pas forcément agréable pour l’ego. Seuls l’humour et une certaine humilité (qui s’obtient en général à coups de pieds au derrière et en râlant pour la forme) nous permettent de ne pas nous sentir brisés et découragés et donc de poursuivre sans devenir projectifs.

A mon sens, un vrai travail spirituel doit avancer sur ces 4 piliers simultanément. De mon côté, j’ai remarqué qu’à chaque fois que j’oublie ou laisse de côté trop longtemps l’un d’eux, je me ramasse d’une manière ou d’une autre à la manière du coyote qui poursuit BipBip (le Tao, en l’occurrence), puis se retrouve dans le vide, tourne la tête d’un air légèrement hébété, puis tombe telle une enclume en laissant un cratère au sol pour solde de tout comptes (avec une forme de cratère plutôt marrante la plupart du temps).

Bon, et les talismans? Oui, revenons à nos moutons.

Les talismans peuvent agir en fait dans tous les processus décrits juste avant, à certaines conditions. Dans la première catégorie, de l’ouverture de la conscience, ils peuvent servir à nous aider à faire le lien avec d’autres dimensions, en nous mettant en contact avec certaines d’entre elles ou d’autres formes d’énergie (ou en ou aidant en tout cas à les pressentir).

Dans le deuxième processus, ils peuvent nous aider à assainir l’énergie ou à l’augmenter, surtout si l’élève consomme des Fu réalisé par quelqu’un de plus avancé et « puissant » que lui. Il faut en effet un gradient énergétique entre celui qui a produit et activé le Fu et celui qui l’utilise. Plus ce gradient est élevé, plus le Fu sera efficace dans ce contexte.

Enfin, dans le dernier processus, celui du nettoyage des lentilles du télescope, du polissage du « Cœur » et donc du « mental » ceux-ci peuvent nous aider à changer des schémas que l’on appelle profonds, parce qu’on ne sait pas où ils se situent. On peut tout aussi bien postuler que ces schémas ont été engrammés dans d’autres dimensions du réel qui agissent sur notre réalité. C’est un des postulats que fait le taoïsme.

Attention, toutefois. Il n’y a pas de miracles : pour que ça marche, il faut d’abord que le pattern sur lequel nous désirons agir ait été identifié. C’est là où l’aide d’un regard extérieur compétent et spécialisé est précieuse : il nous faut un diagnostic avant de pouvoir appliquer un traitement correct. La vie se charge en général de pointer malicieusement le processus en question, mais si nous ne l’analysons pas correctement, le pattern nous échappe et ne se corrige donc pas, d’où l’aspect répétitif des événements qui nous arrivent.

Parlons donc du traitement maintenant. Nous pouvons utiliser une analogie médicale dans la mesure où dans le taoïsme, le vrai soi, le Soi, le Yuan Shen est souvent appelé « Le Médicament ». C’est dire à quel point la condition humaine habituelle est considérée comme pathologique… Comme dans toute médecine, le processus qui aboutit au produit final est complexe et nécessite plusieurs étapes.

Jusqu’ici, nous n’avons évoqué que l’aspect technique et matériel du Fu : son papier, sa couleur, les codes de son écriture, etc…Pourtant, si ces éléments ont du sens et se doivent d’être cohérents au sein du système, ce n’est pas de là que le Fu tire sa puissance d’action et de transformation. S’il n’y avait que ça, on se retrouverait comme avec un faux billet de train, bien écrit, mais non reconnu par la SNCF. Un faux, quoi.

Le processus d’activation est le suivant :

Après avoir écrit le Fu avec son programme spécifique, le pratiquant va le programmer au niveau énergétique, c’est-à-dire dans le cœur de la matière même du Fu. La première étape consiste donc à mobiliser la puissance « magique » ou « mystérieuse » ou « subtile » directe du pratiquant, nommée 心法 (Xin Fa) en chinois à partir de « mantras du cœur » spécifiques au pratiquant, que celui-ci a hérité de sa lignée et travaillé inlassablement pendant des centaines d’heures préalablement. Ensuite cette puissance est injectée avec une intention précise grâce à un geste de la main associé à une autre incantation précise ayant le même sens que le message écrit sur le Fu.

Le deuxième temps consiste à relier le Fu, désormais chargé et programmé, au « Ciel antérieur » ou à une forme d’énergie spécifique. Comme analogie, on peut dire qu’il faut brancher le Fu à une source de courant. Pour faire ceci, il faut procéder à un petit rituel nommé « 開天門 » Kai Tian Men qu’on peut traduire par « Ouvrir la porte du Ciel ». Une fois cette porte ouverte (un « trou de ver » diraient certains physiciens) il faut ensuite « inviter » le type d’énergie à laquelle nous voulons relier le Fu. Cette étape s’appelle 請神 Qing Shen, « Inviter la divinité ou l’Esprit » et se réalise également à partir d’un petit rituel.

Une fois la porte ouverte et la source d’énergie convoquée, il faut la « plugger » au Fu. Ce procédé s’appelle 勅符 Chi Fu « Ordonner le Fu ». Ce terme archaïque provient des décrets que prononçait l’Empereur dans l’antiquité et a été appliqué dans le taoïsme, par analogie. N’oublions pas que l’Empereur était traditionnellement le lien entre le Ciel et la Terre.

Enfin, une fois le Fu programmé, chargé, pluggé, il faut encore le traiter pour qu’il se mette en position « on », c’est-à-dire qu’il émette ce pour quoi il est censé agir. Sinon, il contient de l’énergie potentielle, mais ne l’émet pas et n’est donc pas actif. A ce propos, il est possible de programmer un Fu pour qu’il ne s’active qu’à une certaine date précise ou que dans certaines circonstances particulières. Cette dernière étape est appelée : 開光 Kai Guang : « Ouvrir la lumière ».

Seulement alors, le Fu est considéré comme activé. Cette activation est ensuite « scellée » par l’apposition d’un sceau, lui-même chargé et transmis par le maître, qui stabilise l’activation du Fu. Une sorte de « conservateur » qui garantit son efficacité à long terme, surtout s’il doit être apposé quelque part et y rester un certain temps.

Comme on le voit le processus d’activation est relativement complexe, car chacune de ses étapes demande une pratique rigoureuse et approfondie qui ne s’improvise pas. C’est à ce prix là que l’efficacité est au rendez-vous et que le Fu devient précis comme un scalpel spirituel.

Que faire avec le Fu ensuite ?

On peut l’utiliser de différentes manières et pas toujours pour traiter un problème. En réalité, l’usage spécifique du Fu est d’abord une cultivation pour le pratiquant. Quand il est utilisé comme ceci, on distingue différentes formes de Fu destinés à différentes fonctions : relier avec la lignée et les maîtres précédents, nettoyer spirituellement le pratiquant et le protéger, et augmenter sa puissance d’action et de perception.

Cette cultivation suit des rythmes, en général en suivant le mois lunaire. Du 1er au 15 on construit le lien, reprogramme de nouveaux patterns et on accumule de la puissance, du 15 au 1er suivant on utilise cette puissance notamment pour nettoyer les patterns que l’on veut éliminer, pour assainir son environnement ou pour produire des Fu, par exemple. La cultivation taoïste est une chrono-spiritualité, avec des temps spécifiques, une inspiration, une expiration. Notons qu’il n’y a pas de volonté d’accumuler pour accumuler. Comme dans la respiration, l’inspiration n’a de sens que couplée à l’expiration. C’est l’harmonie de la fonction qui est visée et non pas un temps particulier.

Pour ceux qui reçoivent le Fu mais ne pratiquent pas, comme des gens qui consultent, des personnes d’autres lignées qui demandent qqch de précis (en Chine, il est courant qu’il y ait des échanges spirituels entre lignées ou grandes écoles et personne ne s’étonne qu’un bouddhiste demande de l’aide spécifique à un maître taoïste ou vice-versa) ou des malades, par exemple, les Fu peuvent être utilisés de différentes manières : brûlés, dissout dans de l’eau pour être consommés notamment dans les problèmes « psychiques », pour être mis dans un bain pour une purification externe. Ils peuvent être accrochés dans la maison ou simplement portés autour du cou. Il y a donc de très nombreuses manières de les utiliser et des modes d’emplois spécifiques dont la description dépasse le cadre de ces posts.

Voilà. Je termine ici cette série d’articles, conscient que même si j’ai décrit aussi précautionneusement que possible ce vaste sujet, je ne peux que l’effleurer dans le cadre d’une communication sur un réseau social.

J’espère que dorénavant, vous pourrez regarder d’un œil un peu différent ces papiers jaunes un peu bizarres sur lesquels vous tomberez fatalement un jour ou l’autre si vous allez en Chine. J’espère aussi qu’avec l’aide de ces indications, vous pourrez séparer plus facilement le bon grain de l’ivraie, ou poser les bonnes questions le jour où votre envie et votre destin vous feront rencontrer un enseignant qui vous convient.

Vous l’aurez compris, ce type d’enseignement ne peut se transmettre que dans un cadre clair et de cœur à cœur. Mais pour ceux qui auront sincèrement le désir d'apprendre, l'enseignement se manifestera d'une manière ou d'une autre, c'est certain.

Photo: Maître Liu Yuan Tong, 19ème génération Quanzhen, à Wei Bao Shan, Yunnan

1 commentaire


  • Merci pour ces textes très éclairants.

    Hubert Mansion le

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