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Articles de Presse

Le médecin zen répand les arts taoïstes depuis Bullet

Le médecin zen répand les arts taoïstes depuis Bullet

January 14, 2020

Portrait 

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Le spécialiste en médecine interne FMH, Fabrice Jordan, a trouvé l’équilibre sur le balcon du Jura.

Fabrice Jordan manie avec délices un humour caustique qui peut aisément désarçonner n’importe lequel de ses interlocuteurs. Cet hypersensible revendiqué, spécialiste en médecine interne FMH et en médecine traditionnelle chinoise ASA, détourne et dédramatise toutes les questions personnelles qui lui sont adressées en enchaînant des vannes acides érigées en bouclier quasi infranchissable. «Vous pouvez écrire que je suis maître taoïste et disciple d’une lignée vieille de 20 générations seulement si vous expliquez comment ça se passe et le nombre d’années que ça prend pour y parvenir. Je ne veux pas qu’on pense que je suis un gourou et voir une équipe Netflix débarquer à Bullet», insiste-t-il, le sourire au coin des lèvres et l’œil vif, malicieux.

À la tête du tout juste sorti de terre centre taoïste intégratif Ming Shan, niché sur le flanc sud du Chasseron, le premier du genre en Suisse et même en Europe, le quadragénaire tacle les «naïfs» qui se revendiquent maîtres d’une discipline «après seulement trois week-ends de séminaires facturés à prix d’or par des individus peu scrupuleux et souvent peu compétents». «Dans les arts taoïstes, on dit que notre apprentissage débute réellement après dix mille heures de pratique. Comme pour un musicien.» Une comparaison qui fait particulièrement sens pour celui qui, à l’adolescence, rêvait de devenir pianiste de jazz professionnel. «Je ne fumais pas, je ne buvais pas et je n’aimais pas me coucher tard, reprend Fabrice Jordan. Je me suis assez vite rendu compte que j’allais avoir une vie merdique si je m’obstinais. J’étais aussi assez lucide sur le fait que je n’étais pas le nouvel Oscar Peterson.»

C’est une autre passion qui guidera finalement les pas du jeune homme alors âgé de 16 ans et domicilié à Romont, dans le canton de Fribourg. «J’ai découvert le karaté et la méditation zen en 1987, se souvient le praticien aujourd’hui installé à Yverdon-les-Bains. Je suis tombé sur une démonstration où un maître neutralisait son adversaire sans même le toucher. J’ai d’abord pensé que ça allait m’être utile pour briller au collège, puis j’ai compris que les choses étaient tout de même un peu plus compliquées en dehors du dojo.»

«J’ai toujours eu un besoin de spiritualité. J’ai des souvenirs de questionnements un peu métaphysiques, sur la mort notamment, qui remontent à mes 6 ou 7 ans.»

Même sans développer les aptitudes martiales surnaturelles qu’il fantasmait, Fabrice Jordan s’épanouit. «J’ai toujours eu un besoin de spiritualité. J’ai des souvenirs de questionnements un peu métaphysiques, sur la mort notamment, qui remontent à mes 6 ou 7 ans. J’étais en décalage avec les gens de mon âge sur ce point. Quand on allait à la piscine, mes copains lisaient «Mickey Parade». Moi, je dévorais un bouquin du maître zen Suzuki. Mais je leur piquais quand même «Mickey Parade» ensuite!»

Une originalité qu’il a pu cultiver au sein de sa famille «ouverte d’esprit et soutenante». «Avec ma petite sœur, on vivait dans deux ambiances, deux cultures. Du côté de mon père, qui était le syndic de Romont, les rapports étaient très suisses, assez froids, même si lui a toujours été cool. Dans la famille italienne de ma mère, à l’inverse, l’heure était à la fête. La porte de mon grand-père était constamment ouverte. On y parlait, chantait et riait fort. Un accordéon résonnait souvent jusque tard dans la nuit.» Il poursuit: «J’y avais ma place, ce qui était peut-être moins le cas en dehors. Je n’étais pas le vilain petit canard, mais m’intégrer me demandait des efforts.»

Après sa maturité et une année entièrement dédiée au taï-chi qui le fait voyager du Québec aux quatre coins de l’Europe, Fabrice Jordan débute ses études de médecine à l’Université de Lausanne au début des années 1990. «Je suis devenu père pour la première fois alors que j’avais 22ans, dit-il en souriant. Je menais de front mon cursus, que j’ai pu financer grâce au taï-chi: j’ai enseigné très tôt. Pendant ces années, j’ai développé l’envie de servir l’autre. Je la ressentais depuis longtemps, mais je peinais à mettre des mots dessus.»

La nécessité de ralentir

Diplômé, il débarque à Yvonand, où il devient le médecin du village. Il y restera plusieurs années. «Je recevais absolument tout le monde: les résidents d’EMS, les écoliers… Le rythme de consultations était soutenu et, même si j’y prenais beaucoup de plaisir, j’ai eu envie de me dégager du temps pour pouvoir me consacrer à d’autres projets.» Fabrice Jordan pose ses affaires dans à la cité thermale et nourrit l’idée des années durant d’ouvrir son centre taoïste, structure qui répondrait à un réel besoin de la population. «Le monde du travail et la vie en général deviennent de plus en plus compétitifs. Ralentir pour se recentrer et trouver son équilibre est une nécessité pour beaucoup.»

En 2013, ses recherches l’amènent à Bullet, où il doit séduire les autorités locales et la population afin d’acheter le terrain de 5000 m2 qu’il convoite. Le médecin y parvient sans forcer. «Fabrice est remarquable, martèle le syndic, Jean-Franco Paillard. Ses compétences et son empathie ne font aucun doute. Il a su expliquer, convaincre et créer un vrai élan autour de lui. Toute la commune sait qu’elle a de la chance de l’avoir.»

Si tout s’est très bien déroulé dans le village situé à quelques encablures de Sainte-Croix, cela n’a pas été le cas dans d’autres localités. «Le dialogue était impossible, note Fabrice Jordan. Des municipalités ont eu peur en voyant notre projet. Chez nous, quand on parle de retraites spirituelles et de maître, on a tout de suite en tête des scandales et des abus. À Bullet, on s’emploie à démystifier tout ce qu’on fait et les soins qu’on y dispense. On n’oublie jamais qu’on est aussi là pour le plaisir et pour se marrer.»

24 Heures: 14.01.2020, 09h08
Image: Jean-Paul Guinnard

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